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Je n'ai à ce jour suivi aucune formation éthologique de quelle qu'école que ce soit, mais 10 ans d'élevage et de remise en question permanente m'ont appris, je pense, quelques principes de base qui me semblent d'une telle évidence, avec les chevaux ibériques en tous cas, que je ne peux que les partager avec vous, bien qu'ils ne soient pas pratiqués au quotidien par le plus grand nombre. Nous parlerons donc dans les prochains articles tant de principes philosophiques que de règles pragmatiques dans lesquelles ils se traduisent au quotidien : manipulation des étalons, montée des chevaux au VAN, manipulation des poulains dès la naissance, etc.
Dans la vie rien n'est ni noir, ni blanc. Tout se conjugue dans les tons gris. Comme en matière de manipulation des étalons, je trouve souvent qu'on évolue dans le gris foncé, je désirerais par ce premier article éclaircir un peu leur horizon en tordant le cou à cette idée reçue selon laquelle "tous les étalons mordraient, sauf ceux qui auraient reçu suffisamment de claques pour ne plus le faire "...
Rien n'est ni noir, ni blanc, disais-je. Tout est relatif. Il faut donc d'emblée bien différencier une morsure agressive d'un pincement typique d'étalon. L'intention et l'attitude du cheval sont radicalement différentes dans les deux cas, et il en est de même de la réaction à avoir.
Une réelle morsure est un geste d'agressivité que le cheval effectue notamment avec l'encolure tendue, les oreilles en arrière, les mâchoires ouvertes et avec une expression de violence certaine. Le geste est brutal, très vif et témoin d'une grande anxiété. Le cheval est très présent et menaçant. On ne parle pas ici d'un comportement d'étalon en particulier, mais plutôt d'un cheval agressif, quels que soient son sexe, son âge et sa race. Ce comportement est toujours extrêmement dangereux et doit être réprimé avec la plus grande fermeté. En toute sincérité, n'en ayant rencontré que très peu, et n'ayant jamais eu à m'en occuper réellement, à les manipuler, je ne me sens pas compétent en la matière. Je ne m'étendrai donc pas sur ces comportements pathologiques, qui me sont fondamentalement méconnus.
Le pincement typique de l'étalon est tout autre. Il se fait généralement les oreilles bien en avant, l'encolure déliée, les yeux pétillant et la bouche fermée, commençant généralement par de petits mouvements des lèvres sur le pull ou le bras. C'est en fait simplement l'expression d'une démarche de communication entreprise par le cheval, communication prenant des formes plus ou moins affirmées en fonction de la phase dans laquelle vous vous trouvez et des réactions que vous avez eues jusque là.
En fait tout commence poulain. Le jeune cheval découvre le monde du bout du nez, notamment. Cette zone, parmi les plus sensibles, lui sert à téter, à boire, à brouter, à sentir ses congénères, à effectuer le grattage mutuel, etc. Les chevaux découvrent le monde et en expriment le ressenti en grande partie par les différents éléments de la tête. Dans la nature, grand nombre de signaux de communication passe en effet par les yeux, les oreilles, la position de la tête, etc. Ce n'est que plus rarement que la croupe et les membres interviennent dans la communication, dont les postérieurs, si souvent craints et pourtant si peu utilisés, chez les chevaux ibériques en tout cas.
Rien d'étonnant dès lors que le cheval s'adresse à vous par la bouche en priorité. Et, plus il communique, plus il "chipote" avec les lèvres. C'est votre type de réaction, à ce moment précis, lorsque les bases de la communication s'installent, qui conditionne la suite, et l'évolution éventuelle vers des pincements de plus en plus fermes pouvant aller jusqu'à la morsure. Si lorsque le cheval vous mordille, vous lui donner une claque, en fait non seulement vous acceptez le mode de communication qu'il vous propose - impose ! - et l'encouragez donc dans cette voie, mais par delà vous vous soumettez à une forme de domination, non pas parce qu'il vous mord, mais parce qu'il vous impose la communication. En fait, votre claque, geste viril sensé lui indiquer votre autorité voire votre supériorité, est non seulement inutile mais également inappropriée.
Pour mieux me faire comprendre, prenons l'un ou l'autre exemples dans des domaines similaires.
Les dresseurs de gros animaux (félins, ours, etc) vous le diront, les rapports physiques brutaux avec ces animaux ne servent à rien. La douleur qu'ils pourraient (éventuellement) ressentir n'influence en rien leur comportement. Avec les animaux sauvages, la brutalité est souvent source d'accident tant elle est l'affirmation de notre infériorité physique, à nous les Hommes, face à celle de ces gros animaux. En d'autres termes, tant que ces animaux n'ont pas pris conscience de notre infériorité physique, ils peuvent encore éventuellement nous craindre. Dès que vous usez de violence, ils prennent conscience de leur avantage physique et vous défient immédiatement si la communication en est restée à ce niveau. Oubliez donc une fois pour toute que la douleur, fut-elle ressentie comme vous l'imaginez par l'animal, soit source d'obéissance.
Les personnes ayant eu à dresser des chiens savent qu'un geste de domination important dans la race canine est de venir demander ... une caresse, alors que la plupart des maîtres l'interprète comme un geste de soumission. Je ne m'étendrai pas sur le sujet qui sort du cadre des chevaux, mais il est connu qu'un chien dominant ne doit jamais être caressé à sa demande. Au contraire, il doit être dans un premier temps repoussé, et caressé ensuite à l'initiative de son maître qui reprend ainsi la domination, tout en douceur mais avec beaucoup d'efficacité. En d'autres termes, la prise de domination vient de la gestion du mode de communication plus que du contenu de la communication elle-même. Vous êtes à table avec des amis. Qui vous apparaît comme le plus dominant ? Celui qui parle le plus fort ou celui qui oriente les discussions, parfois avec beaucoup de finesse et d'effacement ?
Quel parent attablé chez des amis n'a-t-il pas été dérangé un jour par un enfant demandant, et redemandant sans cesse quelque chose jusqu'à l'obtenir ? C'est très instructif. A la seconde demande de l'enfant, le parent prend immédiatement un ton verbalement menaçant auquel l'enfant répond par plus d'insistance encore. "Allez, stp ! Je te dis non... Je vais me fâcher... Tu vas être puni... Tu vas prendre une claque ... etc" Souvent, quand la communication parent enfant a pris cette tournure, cela se termine par des pleurs et, pour avoir la paix, le parent craque. En fait, l'enfant a su imposer son mode de communication, subi par les parents qui finalement abandonnent. Dans d'autres cas, le parent tient bon, l'enfant n'a pas ce qu'il veut, et finit par se prendre une claque au passage. Claque "bien méritée" pense-t-on au vu de l'ampleur qu'avait pris la situation. Mais en y réfléchissant à tête reposée, la demande initiale valait-elle tellement de vacarme et de larmes ? Et quelle qu'en soit l'issue, qui a vraiment guidé la communication ? L'enfant ou le parent ? D'autres enfants reçoivent une toute autre forme de réponse. Simple, unique, calme, souvent même tendre : "Non" accompagné d'un éventuel bref mot d'explication. Si l'enfant y revient, le parent ne réagit pas, il l'ignore, refusant ainsi le mode de communication que l'enfant tente de lui imposer. Généralement, ces enfants n'insistent pas, et c'est le parent qui, le moment venu, revient vers l'enfant pour répondre à sa demande.
Avec les chevaux, et notamment les étalons, c'est fort similaire. Si l'étalon vient vous pincer. Ne le frapper pas. Ne lui parler pas sur le mode de communication qu'il tente de vous imposer. Repousser le, ou écarter le bras, voire écartez vous s'il n'y a pas de tentative de domination évidente de sa part, et continuer l'activité qui vous occupe avec lui. Rien ne sert de crier, de faire de grands bruits pour l'impressionner. Il ne vous agresse pas, il vous parle ! Faites lui comprendre que vous n'acceptez pas ce mode de communication, en le refusant. Dès qu'il arrête, félicitez le, caressez le. Parlez lui ... dans votre mode de communication à vous, celui que vous avez choisi ... celui que vous lui imposez. Vous faites ainsi d'une pierre deux coups : vous évitez les morsures futures et imposer votre domination avec douceur. Je peux comprendre que cela vous semble étrange dans un premier temps, mais faites lui plaisir, faites vous plaisir, essayez, vous verrez !
Cela fera sans doute l'objet d'un tout autre article, relatif à la manipulation des étalons à la longe, mais lorsque vous baladez votre étalon en licol et qu'il tente de vous pincer, un moyen simple d'interrompre cette communication est de sortir de sa "bulle", soit en l'écartant, soit en vous écartant à nouveau s'il n'y a pas de tentative de domination évidente de sa part. Dans le cas contraire, repoussez le "de tout votre corps", éventuellement d'une voix ferme et décidée, mais à nouveau sans brutalité. Nous y reviendrons dans un prochain article.
J'en entends déjà certains d'ici : "C'est bien beau tout cela, mais moi depuis que je donne des claques à Furioso, il me mord de moins en moins souvent." C'est sans doute vrai. Mais, en toute objectivité, depuis combien de temps lui mettez vous des claques ? Et même si ça va mieux, ne devez vous pas régulièrement le rappeler à l'ordre pendant quelques jours ? Quand, exceptionnellement, il essaye encore de vous mordre , ne le fait-il pas de plus en plus vite, et avec de moins en moins de précision ? Sincèrement, c'est ce que j'ai pu observé. Les étalons qui se prennent régulièrement des claques ne communiquent plus avec vous, mais avec vos claques. Vous n'êtes plus le centre de son objet de communication. Il cherche maintenant à venir vous touchez en évitant la claque. Si l'étalon a bon caractère, c'est sans doute devenu un jeu pour lui, à ceci prêt que venant de plus en plus vite, il est de moins en moins précis et pourrait un jour repartir avec votre joue ... juste pour jouer. Si l'étalon a un caractère beaucoup plus dominant, braver la claque est sans doute devenu pour lui plus une question de domination que de communication. Nous ne sommes plus ici dans une communication simple mais dans un processus de recherche de domination. C'est plus compliqué à résoudre et pourtant ça aurait pu être si facilement évité en n'entrant pas dans ce mode de communication... Dans un cadre de domination, au jeu des claques, vous serez toujours perdant. L'étalon est plus vif, plus fort, plus rapide que vous ne le serez jamais. Et pour combler vos lacunes face à lui, vous entrerez dans un mécanisme d'escalade et en viendrez à la cravache ... ça vous rappelle quelque chose ? A nouveau, sortez du mode de relation qu'il veut vous imposer. Amenez le sur un terrain où vous ne partez pas perdant ! Nous y reviendrons dans un prochain article...
En conclusion, je dirais que je n'ai jamais vu un étalon pinceur arrêter définitivement de mordre après avoir reçu des centaines de claques. Par contre, j'ai vu de nombreux étalons ne jamais mordre parce qu'ils n'ont jamais pu imposer ce mode de communication à l'homme depuis leur plus jeune âge. Je terminerai en soulignant que dans les hordes de chevaux, seuls les individus au plus bas de l'échelle hiérarchique se battent. Les dominants n'ont pas à le faire. Un mouvement d'oreille leur suffit pour se faire comprendre. Alors, de grâce, montez l'échelle, et si c'est un souci de virilité qui vous obsède, pour être vraiment dominant avec lui ... apprenez à bouger les oreilles !
Acaballadero Melchior E. Houtrelle et N. Melchior Elevage de chevaux PRE Sellerie ibérique LUCAS Tenues traditionnelles ibériques Visites sur RDV uniquement Tel/Fax +32 (0)85/84 52 52 info@acamel.com www.acamel.com |