Historique du Cheval de Pure Race Espagnole

par Eric Houtrelle et Nathalie Melchior - éleveurs de PRE en Belgique - www.acamel.com

 

On a beaucoup écrit sur l'origine du cheval espagnol, et certaines versions sont parfois controversées. Il faut savoir qu'en se domaine, la tradition orale est prépondérante et que finalement force est de constater que beaucoup en parlent avec conviction mais rares sont les personnes qui se sont réellement penchées sur les écrits historiques pour se fonder un avis objectif… Nous ne faisons pas exception en cela, et pensons que le meilleur service que nous puissions rendre à vos lecteurs est de les référer à des extraits que nous avons choisis dans un document de l'ANCCE (Asociacion Nacional de Criadores de Caballos de Pura Raza Española) publié à l'occasion des Jeux de JEREZ 2002, ainsi qu'à l'ouvrage de vulgarisation (dans le bon sens du terme) publié par Laetitia Bataille et intitulé « Le PRE » (ISBN 2-904971-440). Parmi tous les ouvrages qu'il nous a été donné de parcourir, nous avons trouvé ces derniers à la fois fort intéressants et très objectifs. Par ailleurs, ils ont le mérite de ne pas limiter le cheval de PRE uniquement à sa composante historique guerrière, ni aux particularités de son travail aux seins des troupeaux de taureaux et son extension à la tauromachie à cheval, ni à la très controversée sélection des moines chartreux, ni enfin à sa récente évolution vers les disciplines sportives. Nous pensons que le PRE tel qu'il existe aujourd'hui doit être considéré comme le résultat de la combinaison de toutes ces dimensions, sans qu'il ne faille mettre en avant l'une d'entre elles plus particulièrement.

1. Des origines lointaines du cheval de PRE jusqu'à son apogée au XVII siècle.

« On a beaucoup parlé et écrit sur l'origine du cheval espagnol, de son évolution et de sa consécration comme race à travers les siècles. Pour fuir les légendes et être véridique envers l'histoire, nous devons souligner que la race naît et se développe dans l'Andalousie d'il y a plus de 20 siècles, comme en témoignent les écrits des classiques romains qui parlent du cheval de la Bétique comme le plus noble et le plus vaillant pour les jeux qui se déroulaient dans les amphithéâtres, ainsi que pour les batailles les plus sanglantes. La Péninsule ibérique a subi au cours des siècles des invasions nombreuses et diverses : les Ibères, les Celtes, les Phéniciens, les Grecs, les Carthaginois, les Romains, les Goths et enfin les Maures, époque à laquelle nous commenceront l'histoire … »

« AU VII SIECLE, l'invasion musulmane des Maures n'exerça pas sur le cheval ibérique l'influence que l'on serait tenter de lui imputer. En effet, les Maures n'étaient pas, comme on le croit si souvent, remontés avec des pur-sang arabes, mais bien avec des chevaux … berbères, c'est-à-dire des Barbes. Quant à l'infusion éventuelle de sang arabe, on ne peut nier qu'en cinq siècles d'occupation maure, il y ait pu y avoir quelques importations ponctuelles de pur-sang arabes. Mais ceux-ci n'ont pas marqué la race andalouse de façon significative. Le cheval ibérique n'offre presque aucun point commun avec le pur-sang arabe : son modèle, ses allures, sont caractère sont fondamentalement différents. En revanche, il possède de nombreuses similitudes avec le cheval barbe. Les quelques marques de sang arabe qui peuvent exceptionnellement surgir chez le cheval espagnol (tête au profil légèrement camus, par exemple) sont plus probablement dues à des croisements effectués au dix-neuvième siècle, au moment de la vogue du pur-sang arabe.

AU MOYEN AGE, les influences des peuples venus du nord poussèrent les Espagnols à croiser certains de leurs chevaux avec des sujets plus lourds, aptes à porter un cavalier en armure dans la lourde équitation ‘a la brida', pour les tournois et les guerres.

A partir du XV SIECLE, et bien que cela soit fort controversé, on attribue aux moines chartreux le bénéfice d'avoir préserver la pureté de la race principalement dans la Chartreuse de Jerez de la Frontera. L'œuvre des moines semble avoir débuté réellement à partir d'une souche bien précise, à laquelle se seraient ajoutés d'autres reproducteurs provenant notamment de divers monastères qui, à cette époque, étaient nombreux et possédaient souvent de florissant élevages. Le genêt d'Espagne pur y aurait conservé ses qualités de légèreté et de maniabilité pour l'équitation ‘a la gineta', étriers plus courts, position plus moderne, et rapidité accrue pour une équitation de guerre basée non plus sur la charge mais sur le combat rapproché… »

« A LA RENAISSANCE, un point sur lequel les historiens semblent se mettre d'accord serait de désigner Philippe Il roi d'Espagne (XVIe siècle) comme le précurseur de son renouveau définitif et sa sélection plus épurée. Il fonde les Ecuries Royales dans la ville de Cordoue, avec les meilleurs exemplaires de l'époque et réussit à donner une entité propre à une race qui jusqu'à ce moment-là avait eu des nuances sans doute hétérogènes. L'oeuvre de Philippe Il d'Espagne est si transcendante que les résultats de son amélioration sont évidents au cours de ce siècle-là, comme dans les suivants, faisant du Cheval Espagnol le cadeau le plus convoité par les maisons royales européennes de ces temps passés, et cela grâce à son port altier, à sa beauté intrinsèque et à ses grandes aptitudes pour le dressage. L'équitation à la genette devait trouver sa pleine expression avec la création des premières Académies équestres en Italie et jeter les bases de la Haute École qui connaîtra au dix-septième siècle son âge d'or… »  

« LE XVII SIECLE est celui de l'AGE D'OR. Le cheval espagnol faisait merveille dans les exercices de la guerre, où son agilité, son équilibre naturel et sa docilité lui permettaient de combattre ‘avec‘ son cavalier. Les sauts d'école (courbette, croupade, cabriole...) sont des mouvements destinés à esquiver l'adversaire ou même à l'éloigner : la cabriole comporte une puissante détente des postérieurs apte à repousser sans ménagements l'ennemi le plus menaçant! Issus de l'équitation de guerre ces mouvements ont été ensuite stylisés pour devenir des figures de manège, que le roi et les membres de la noblesse pratiqueront avec ferveur dans le silence des manèges ou au cours de brillantes fêtes équestres. La renommée du “cheval de Spanie“ atteignait l'Europe entière et il servait de monture aux grands écuyers dont les écrits sont parvenus jusqu'à nous. Pluvinel, le duc de Newcastle, La Broue, et plus tard La Guérinière, Cazaux de Nestier, d'Abzac, le baron d'Eisenberg et bien sûr Marialva et Carlos d'Andrade... tous l'utilisèrent exclusivement et les gravures illustrant leurs oeuvres en immortalisent l'image. »

2. 150 années d'oubli … pour un retour remarqué à la fin du XX siècle dans les disciplines sportives.

« Le XIX SIECLE marqua le début d'une longue ÉCLIPSE du cheval espagnol. En effet, l'anglomanie qui eut cours dès la fin du dix-huitième siècle devait se développer et avec elle, le goût des courses et de l'équitation d'extérieur. D'autant qu'à la même période s'était créée en Grande Bretagne une autre merveilleuse race équine le pur-sang anglais, auquel le pur sang arabe avait apporté ses qualités de vitesse. La modification profonde des guerres fit rechercher des chevaux de pur-sang ou de demi-sang, endurants et rapides. L'équitation de manège, telle que la pratiquait La Guérinière connut un important déclin, même si le dix-neuvième siècle devait faire naître un génie tel que Baucher, qui semble avoir inventé sa méthode précisément pour permettre de rassembler le pur-sang anglais, naturellement sur les épaules... Le pur-sang arabe et le pur-sang anglais remplacèrent peu à peu le cheval espagnol dans son rôle d'améliorateur de toutes les races équines... Seule l'École de Vienne résistera à ce courant, en continuant d'utiliser exclusivement ses chevaux lipizzans, issus d'espagnols. Le saut d'obstacle, mis à la mode avec les courses de haies, le cross-country et le concours hippique connaîtront depuis lors un engouement croissant et influenceront l'élevage mondial. En France, la Révolution avait dispersé les étalons espagnols du Haras du Roi et en Espagne, les guerres de l'Empire engendreront des troubles économiques et politiques et des pillages qui feront tomber dans l'oubli le cheval espagnol, uniquement préservé dans son pays pour le travail du bétail, les ferias, et l'attelage léger. Même la tauromachie connut une défaveur, car les Bourbons venus de France prisaient peu cet art, qui ne fut remis à la mode qu'en... 1925! (alors qu'il ne cessa jamais d'exister au Portugal).

Devant ces modifications profondes, les éleveurs espagnols eux-mêmes se tournèrent vers les races désormais à la mode, pur-sang anglais et anglo-arabe... Les souches les plus pures du cheval genêt d'Espagne furent toutefois conservées (notamment par la Yeguada Militar de Jerez) même si dans l'élevage, la sélection s'opérait parfois de façon discutable, en privilégiant un modèle ‘joli' et des allures exagérément relevées. Cette attitude cantonna le cheval espagnol dans un rôle ‘folklorique‘, et l'éloigna de la scène sportive pendant... 150 ans! »

« C'est à la fin du XIXe siècle et au début du XXe que la race commence à retrouver un rôle prédominant . E n fait, son stud-book officiel date de 1912, c'est-à-dire qu'il est l'un des plus anciens du monde. Comme il est apparemment logique, le cheval étant considéré à cette époque comme élément de guerre, la gestion et les registres de la race sont confiés en premier à l'armée espagnole qui mène depuis cette époque un important travail pour que la race subsiste jusqu'à nos jours. 

D'autre part, le temps est passé où le Cheval Espagnol était prioritairement considéré comme un élément indispensable pour la guerre. Ces derniers temps, la sélection d'élevage a orienté ses pas vers des buts sportifs et fonctionnels, plus en accord avec la demande internationale d'équidés. Le PRE s'est toujours distingué par sa capacité d'apprentissage, par sa volonté et par sa noblesse. Son image internationale a toujours été associée aux airs de la Haute Ecole, à sa beauté plastique, mais au XXIe siècle, le Pure Race Espagnole est quelque chose de plus qu'un patrimoine de l'histoire d'Espagne. Des efforts importants sont réalisés en Espagne pour que la race soit reconnue pour ses capacités et aptitudes fonctionnelles et cela se démontre par les résultats qui s'obtiennent en compétition.

En marge du dressage à la vaquera (Doma Vaquera) traditionnelle en Espagne et qui suppose une adaptation sportive des travaux traditionnels des champs que les chevaux PRE réalisaient avec le bétail sauvage, la race espagnole au cours de ces dernières années s'est distinguée dans des disciplines sportives auxquelles elle n'avait jamais participé de façon compétitive jusqu'ici, comme le dressage et le concours complet d'Attelages.

Les Jeux Olympiques d'Atlanta 1996 marquent un point d'inflexion dans l'évolution sportive de la race, avec l'apparition des premiers exemplaires en compétition de haut niveau. EVENTO et FLAMENCO, chevaux de PRE, montés par les cavaliers de la Real Escuela Andaluza del Arte Ecuestre (Ecole Royale Andalouse de l'Art Equestre), lgnacio Rambla et Rafael Soto, surprennent le monde hippique international en obtenant de brillants résultats à leur début. Il y eut un détail qui ne passa pas inaperçu pour les connaisseurs, INVASOR, un autre PRE qui participait en qualité de cheval suppléant, était l'exemplaire le plus jeune de l'histoire qui participait à des Jeux Olympiques(7 ans), comme preuve claire des possibilités d'apprentissage que montrent les chevaux espagnols face à d'autres races. INVASOR est aujourd'hui l'une des figures internationales de Dressage classique au niveau mondial.

La critique et les juges soulignent depuis lors les énormes possibilités que le PRE possède dans cette discipline qui en principe paraissait mieux s'adapter à d'autres races centre-européennes; surtout par la cadence et la régularité que montrent les chevaux PRE pendant les exercices de réunion, passage et piaffe, où leur suspension, leur équilibre et leurs élévations sont très au-dessus du niveau montré par d'autres chevaux. Ce phénomène a été remarqué dans le monde du dressage à tel point que quelques étalons de PRE ont été acquis par des éleveurs de pays de grande tradition dans cette discipline, pour tenter d'améliorer ces facettes, en marge de la stabilité psychique des produits qu'ils élèvent. »

3. Cheval Andalou, Pure Race Espagnole, Cartujano... y a-t-il une différence ?

« Pour des réminiscences historiques, le CHEVAL DE PURE RACE ESPAGNOLE est connu pendant longtemps et presque dans la totalité des pays comme Cheval Andalou, par référence à la région d'Espagne d'origine et où se trouve le noyau le plus important de la race. Il existe un consensus entre éleveurs et administration pour que l'unique dénomination soit exclusivement celle du CHEVAL DE PURE RACE ESPAGNOLE. Il y a quelques personnes qui utilisent la dénomination Andalusians Horses en référence à des animaux croisés avec des chevaux de Pure Race Espagnole, en essayant de se servir du fonds de commerce qu'entraîne cette dénomination au bénéfice d'autres races qui n'ont rien à voir avec notre pays. Il est important de souligner que l'Andalousie n'est qu'une région d'Espagne et qu'aucune race, et encore moins si elle n'est pas issue de cette région, ne peut porter cette dénomination.

Quant à la dénomination de Cheval Pure Race Espagnole, une autre confusion qu'on observe internationalement est celle d'adjuger de façon générique la nomenclature d'une lignée à l'ensemble de la race. Une lignée est composée d'un ensemble d'individus qui gardent entre eux une similitude génétique, par provenance d'ancêtres communs. Dans une race ancienne et à grande variabilité génétique, comme dans le cas du Pure Race Espagnole, il paraît logique qu'il existe différentes lignées avec un tronc commun, bien que toutes se trouvent englobées dans la race.

Parmi les lignées, celle qui a peut-être obtenu la meilleure réputation dans le PRE a été la dénommée lignée Cartujana (Chartreuse) par la légende historique de son origine, par le marketing commercial exercé par ses différents possesseurs. etc., mais cela n'indique pas qu'elle soit unique, ni que les exemplaires qui s'y trouvent soient de moindre ou pire qualité. Le cheval de lignée cartujana (chartreuse) constitue une souche ou lignée au sein du Pure Race Espagnole et est inclus dans le même stud-book mais ne constitue pas une race différenciée, même si on utilise ce fait à des fins commerciales. »

 

Acaballadero Melchior

E. Houtrelle et N. Melchior
Elevage de chevaux PRE
Sellerie ibérique LUCAS
Tenues traditionnelles ibériques

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